Le bug que je n'aurais jamais vu seul : ma première semaine de bêta
Ce blog est neuf, et je l'ouvre avec une promesse : je raconterai la construction de Verbasil honnêtement, les avancées comme les ratés. On apprend plus des seconds. Alors commençons par un raté qui m'a beaucoup appris.
J'ai testé mon produit comme si je ne l'avais pas codé
La semaine dernière, j'ai arrêté de regarder Verbasil avec mes yeux de développeur. J'ai créé un compte neuf, comme n'importe quel nouvel utilisateur, et j'ai refait tout le parcours du début : l'inscription, le premier import, l'attente que la mémoire se construise, l'arrivée sur le cockpit.
C'est une bascule mentale plus dure qu'elle n'en a l'air. Quand on code une fonctionnalité, on la teste toujours un peu en triche : on sait où cliquer, on a les bonnes données, on évite sans y penser les chemins qui cassent. On valide ce qu'on a voulu construire, pas ce que la personne en face va réellement vivre.
Le moment où ça a déraillé
Sur le cockpit, Verbasil est censé faire remonter les décisions à traiter, avec leurs preuves. Et là, sous mes yeux, des décisions sont apparues. Puis elles ont disparu.
Pas un message d'erreur. Pas un écran cassé. Juste des décisions bien réelles, affichées une seconde, puis évaporées au rechargement suivant. Le genre de bug le plus vicieux : silencieux. Si je n'avais pas regardé l'écran au bon moment, en train d'utiliser le produit pour de vrai, je serais passé à côté.
Pourquoi je ne l'aurais jamais vu seul
Voilà ce qui m'a frappé. Ce bug ne se déclenchait pas en codant. Il ne se déclenchait pas dans mes tests habituels. Il apparaissait uniquement dans les conditions réelles d'usage : un vrai compte, un vrai import, la mémoire qui se construit en arrière-plan pendant qu'on regarde.
Autrement dit, je pouvais coder encore des semaines dans mon coin sans jamais le rencontrer. C'est exactement le piège du fondateur qui construit seul : on se raconte une histoire rassurante devant son écran, et on confond « ça marche pour moi » avec « ça marche ».
J'ai traqué le problème jusqu'à sa cause racine, dans la mécanique qui construit la mémoire, et je l'ai corrigé. Mais la vraie leçon n'est pas technique.
L'ironie que je n'ai pas ratée
Verbasil existe pour une raison : faire en sorte qu'une entreprise n'oublie plus ses décisions. Et mon premier gros bug, c'était exactement ça : des décisions qui disparaissaient.
Le produit censé lutter contre l'oubli oubliait. Difficile de trouver un rappel plus direct de pourquoi ce problème est dur, et de pourquoi il mérite qu'on s'y attaque sérieusement.
Si le sujet de fond vous intéresse, j'ai écrit un article dédié : Pourquoi les startups oublient leurs décisions.
Ce que je change à partir de maintenant
Une conviction est sortie renforcée de cette semaine : rien ne remplace le fait de mettre le produit dans les mains des gens. Le terrain ne ment pas. Devant son écran, on se raconte ce qu'on veut. Face à un vrai parcours, le produit dit la vérité.
Concrètement, ça veut dire :
- tester en conditions réelles, pas en conditions de développeur ;
- faire essayer le produit en direct à des personnes qui n'ont pas ma tête ;
- traiter chaque retour terrain comme un cadeau, surtout quand il pique.
C'est moins confortable que de polir une fonctionnalité tout seul. C'est infiniment plus utile.
La suite
Je suis en pleine bêta, au contact direct des premières personnes qui testent Verbasil, et je me suis fixé un cap clair : encaisser mon premier euro très bientôt. Je raconterai ça ici aussi, que ça marche ou non.
Si vous construisez quelque chose en ce moment : sortez-le de votre écran. Donnez-le à quelqu'un. Regardez ce qui se passe vraiment. C'est inconfortable, et c'est exactement pour ça que ça vaut le coup.